L’expulsion d’un logement social est une situation qui inquiète, qui bouscule, et qui touche souvent des personnes déjà fragilisées par des difficultés financières, de santé ou d’organisation. Depuis la mise en place de la loi Kasbarian-Bergé, adoptée en 2023, le cadre juridique des expulsions a été renforcé et certaines procédures ont été clarifiées.
Avant d’arriver à une expulsion, il existe toujours plusieurs étapes obligatoires, des échanges avec le bailleur, des propositions d’accompagnement, et des recours possibles. Une expulsion ne peut jamais se faire du jour au lendemain : elle est strictement encadrée par la loi et contrôlée par un juge.
Cet article vous explique, les différentes étapes avant une expulsion, ce que prévoit la loi Kasbarian-Bergé, et surtout les solutions qui peuvent être mobilisées pour éviter d’en arriver là.
Comprendre les étapes avant une expulsion d’un logement
L’expulsion d’un logement social n’arrive jamais du jour au lendemain. Même depuis l’entrée en vigueur de la loi Kasbarian-Bergé, qui a renforcé certaines procédures, le parcours reste strictement encadré par la loi et accompagné de multiples protections pour le locataire.
La procédure ressemble à celle du parc privé, mais les bailleurs sociaux doivent respecter des étapes supplémentaires, notamment en matière d’accompagnement et de prévention.
Avant d’en arriver à l’intervention d’un commissaire de justice, plusieurs phases se succèdent : relances du bailleur, envoi d’un commandement de payer, saisine du tribunal, décision du juge, puis éventuellement mise en œuvre de l’expulsion.
La majorité des procédures débutent après des impayés de loyer, mais d’autres motifs peuvent être à l’origine d’une action : absence d’assurance habitation, troubles avérés du voisinage, non-respect du règlement intérieur…
Malgré ces démarches parfois impressionnantes, le locataire conserve des droits essentiels, que la loi continue de protéger :
- Droit d’être informé et de se défendre, avec la possibilité d’être accompagné d’un avocat. Des permanences juridiques gratuites existent dans de nombreuses villes.
- Droit d’être entendu par le juge, qui prend en compte la situation personnelle, financière ou médicale.
- Droit de demander des délais pour régulariser la dette ou quitter les lieux.
- Possibilité d’un accompagnement social, que ce soit par un travailleur social, une association ou le bailleur lui-même.
Selon Service-Public, plusieurs mécanismes légaux permettent d’éviter une expulsion brutale : trêve hivernale, délais de paiement, accompagnement social, et recherche de solutions alternatives au maintien ou au relogement.
L’objectif reste toujours de trouver une issue digne et adaptée pour les ménages concernés.
Pourquoi un locataire peut-il être menacé d’expulsion en logement social ? (Comprendre les motifs et vos droits)
Bien que le logement social ait pour vocation de garantir une stabilité résidentielle et de protéger les ménages les plus fragiles, certaines situations peuvent conduire un bailleur à envisager la résiliation du bail y compris depuis les ajustements introduits par la loi Kasbarian-Bergé
L’objectif n’est jamais de sanctionner brutalement, mais de s’assurer que le logement reste utilisé dans des conditions respectueuses et conformes aux règles du parc social.
Plusieurs raisons peuvent mener à une procédure :
1. Impayés de loyers ou de charges
C’est la cause la plus fréquente. Le bailleur doit prouver l’existence d’une dette réelle et significative, et démontrer que des tentatives de régularisation ont été proposées (échelonnement, aide sociale, médiation…).

2. Troubles de voisinage répétés
Tapages nocturnes, nuisances importantes, agressions, dégradations ou incivilités : si ces troubles sont réguliers, documentés et affectent la tranquillité des voisins, le bailleur peut agir.
Les bailleurs sociaux doivent toutefois rechercher des solutions préalables (médiation, rappel au règlement, accompagnement).
3. Sous-location illégale ou occupation non conforme
La sous-location sans autorisation, notamment via des plateformes comme Airbnb, est strictement interdite en logement social.
4. Absence d’assurance habitation
Obligatoire pour tous les locataires, elle fait partie des devoirs essentiels du contrat de bail. L’absence d’assurance peut conduire à une mise en demeure puis à une procédure si la situation n’est pas régularisée.
5. Dégradations importantes du logement ou non-respect du règlement intérieur
Dégradations volontaires, insalubrité grave, refus d’accès pour les réparations… Ces situations peuvent également être invoquées par le bailleur.
Dans tous les cas, le bailleur doit prouver la gravité ou la réalité des faits, montrer qu’il a tenté des solutions amiables, et saisir un juge, qui reste le seul à pouvoir prononcer une résiliation de bail.
Le locataire conserve des droits tout au long du processus : être informé, être accompagné, demander des délais et présenter sa situation personnelle.
Difficultés de paiement : que faire avant que la dette ne s’aggrave ?
Les premiers impayés peuvent arriver à n’importe qui : perte d’emploi, séparation, maladie, baisse d’APL, imprévus…
Ce n’est pas une faute, mais un signal d’alerte. Plus la réaction est rapide, plus il est possible d’éviter la résiliation du bail ou l’engagement d’une procédure judiciaire.
Voici les réflexes à adopter dès les premiers signes de difficulté :
1. Contacter immédiatement le bailleur
Souvent le premier interlocuteur, il peut proposer :
- un plan d’apurement réaliste,
- un échelonnement de la dette,
- un report exceptionnel,
- ou un contact avec un travailleur social.
Plus la démarche est anticipée, plus les solutions sont souples.
2. Vérifier ses droits auprès de la CAF
Un changement de situation non déclaré peut réduire l’APL. Corriger cette situation peut :
- rétablir les aides,
- réduire la dette,
- éviter que les impayés ne s’accumulent.
Il est aussi possible de demander :
- une révision du calcul des droits,
- un rappel d’APL selon les situations.
3. Solliciter le Fonds de Solidarité Logement (FSL)
Le FSL peut proposer :
- une aide financière pour apurer tout ou partie de la dette,
- un accompagnement social personnalisé,
- un soutien pour éviter la résiliation du bail ou un commandement de payer.
4. Demander un accompagnement social (CCAS, Département, associations)
Ces services peuvent intervenir bien avant la procédure judiciaire :
- aide pour réorganiser le budget,
- montage de dossiers d’aide,
- médiation avec le bailleur,
- prévention lors d’un événement difficile (maladie, décès, séparation…).
5. Penser aux aides exceptionnelles
Selon les territoires, il peut exister :
- des aides municipales,
- des demandes de secours exceptionnels,
- des fonds d’urgence pour les personnes en situation de fragilité.
Dans la grande majorité des cas, une intervention rapide permet d’éviter la résiliation du bail.
Le pire réflexe est d’attendre : dès qu’on informe le bailleur ou les services sociaux, des solutions existent, même lorsque la dette semble importante.
Commandement de payer, mises en demeure et obligations du bailleur social : comprendre cette étape clé
Lorsque les difficultés de paiement persistent malgré les solutions proposées, la procédure entre dans une phase plus formelle.
Dans le parc social, cette étape est encadrée par la loi et reste soumise à des obligations renforcées pour les bailleurs, même après la mise en place de la loi Kasbarian-Bergé, qui vise surtout à clarifier les délais et à fluidifier les procédures sans supprimer les protections pour les locataires.
Les principales étapes sont les suivantes :
1. La mise en demeure de payer : le premier avertissement officiel
Il s’agit d’un courrier recommandé envoyé par le bailleur.
Il informe le locataire :
- du montant exact de la dette,
- de la nécessité de la régulariser rapidement,
- et des solutions possibles (échelonnement, FSL, accompagnement social).
Cette étape n’interrompt pas le dialogue : elle peut encore permettre une résolution amiable.
2. Le commandement de payer : un acte officiel délivré par un commissaire de justice
Cette étape est plus formelle.
Le commandement de payer :
- est délivré par un commissaire de justice,
- rappelle le montant de la dette,
- active la clause résolutoire, c’est-à-dire la résiliation automatique du bail si la dette n’est pas réglée dans les 2 mois,
- ouvre une période durant laquelle le locataire peut encore demander un accompagnement, un plan de paiement ou saisir les aides d’urgence (FSL, CAF…).
Quand la situation arrive au tribunal : le rôle du juge et vos droits (avec les précisions de la loi Kasbarian-Bergé)
Lorsque malgré les échanges, les propositions d’aide, les plans d’apurement ou l’accompagnement social, la situation ne se régularise pas, le bailleur social peut saisir le tribunal judiciaire.
C’est une étape importante, mais le passage devant le juge ne signifie pas automatiquement l’expulsion : le magistrat analyse toujours la situation dans son ensemble.
Que fait le juge lors de l’audience ?
Le tribunal examine plusieurs éléments, parmi lesquels :
- La dette réelle et son ancienneté
- La bonne foi du locataire : a-t-il essayé de payer ? contacté son bailleur ? sollicité des aides ?
- Les démarches du bailleur social :
- a-t-il proposé un plan d’apurement ?
- a-t-il tenté des solutions amiables ?
- a-t-il proposé un plan d’apurement ?
- La capacité du locataire à régulariser : revenu actuel, éventuel changement de situation
- Les éléments sociaux et personnels :
- santé,
- emploi,
- charge de famille,
- situation de vulnérabilité,
- accompagnement social en cours.
- santé,
La loi Kasbarian-Bergé rappelle que ces éléments doivent être pris en compte, et que le juge reste libre dans son appréciation.
📌 Ce que le juge peut décider
À l’issue de l’audience, plusieurs issues sont possibles :
1. Accorder des délais de paiement
Le juge peut accorder jusqu’à 36 mois pour rembourser la dette, si la situation du locataire le permet.
2. Suspendre la clause résolutoire
Même si un commandement de payer a été délivré, le juge peut dire :
“Le bail n’est pas résilié si le locataire respecte un échéancier.”
3. Prononcer la résiliation du bail
Si les démarches n’ont rien donné, que la dette continue de s’aggraver ou si le juge estime que la situation ne peut être régularisée, il peut résilier le bail.
Cela n’entraîne pas une expulsion immédiate : d’autres étapes suivent (délais pour quitter les lieux, trêve hivernale, demande de concours de la force publique…).
De l’assignation au jugement : comprendre la procédure judiciaire en logement social
Lorsque les impayés persistent malgré les démarches amiables et l’accompagnement social, le bailleur social peut saisir le tribunal judiciaire. Cette étape peut sembler intimidante, mais elle reste encadrée par la loi et offre au locataire des protections importantes.
La loi Kasbarian-Bergé a renforcé la transparence et la lisibilité des procédures, tout en maintenant les droits des locataires, notamment la possibilité de bénéficier de délais et d’un accompagnement avant toute expulsion.
1. L’assignation au tribunal judiciaire
Le locataire reçoit une convocation à comparaître devant le juge.
- Le délai entre l’assignation et l’audience est généralement d’environ 3 mois dans le parc HLM.
- Cette étape ne signifie pas une expulsion automatique, mais permet au juge de vérifier la situation.
2. Présence à l’audience
Le locataire peut se faire accompagner pour présenter sa situation :
- Avocat (recommandé)
- Association agréée
- Travailleur social
La présence à l’audience augmente considérablement les chances d’obtenir des délais ou des solutions adaptées.
3. Rôle du juge des contentieux de la protection
Le juge examine :
- la dette ou les troubles de voisinage
- les ressources et charges du foyer
- les démarches déjà engagées par le locataire et le bailleur (CCAPEX, médiation, FSL…)
- la bonne foi du locataire et sa volonté de régulariser la situation
4. Les issues possibles
Selon la situation, le juge peut décider :
D’accorder des délais de paiement
- Le locataire de bonne foi peut bénéficier d’un échelonnement jusqu’à 24 à 36 mois, selon sa capacité de remboursement et son engagement à régulariser sa situation.
- Pendant ce délai, la clause résolutoire est suspendue, et aucune expulsion ne peut intervenir.
Maintien dans le logement si la dette est apurée
- Si le locataire régularise sa situation avant l’audience ou grâce aux délais accordés, le juge peut refuser la résiliation du bail et confirmer le maintien dans le logement.
Résiliation du bail et obligation de quitter les lieux
- Si aucune solution n’est trouvée, le bailleur obtient la résiliation du bail.
- Le locataire dispose d’un délai minimal pour quitter les lieux, généralement de 2 mois, parfois prolongé selon :
- la situation familiale,
- la santé,
- l’âge ou la vulnérabilité,
- la période de trêve hivernale.
- etc…
- la situation familiale,
Exécution de la décision et protections : commissaire de justice, trêve hivernale et recours possibles
Lorsque la procédure judiciaire arrive à son terme et que le juge a pris sa décision, l’exécution de l’expulsion se déroule selon un protocole strict. Même à ce stade, le locataire conserve des protections importantes et peut bénéficier de recours et d’aides pour éviter une rupture complète de son parcours résidentiel.
1. Commandement de quitter les lieux
- Le commissaire de justice se rend au logement pour signifier officiellement l’acte au locataire.
- Un délai supplémentaire est toujours laissé pour permettre au locataire de préparer son départ ou de régulariser sa situation.
2. Nouvelle visite pour expulsion
- Si le locataire n’a pas quitté le logement à l’issue du délai, le commissaire de justice peut revenir avec un serrurier pour procéder à l’expulsion.
- Cette intervention reste encadrée et doit respecter les procédures légales strictes.
3. Concours de la force publique
- Si le locataire résiste, le commissaire peut solliciter l’intervention de la police, mais seulement après décision du préfet.
- Il s’agit de la dernière étape, toujours encadrée pour protéger le locataire.
4. La trêve hivernale
- Du 1er novembre au 31 mars, aucune expulsion ne peut être réalisée, sauf exceptions très limitées (immeuble insalubre, squat dangereux…).
- Même durant la trêve, le locataire peut demander des délais supplémentaires et bénéficier d’un accompagnement social.
🏡 Recours, alternatives et relogement
Même après un jugement d’expulsion, plusieurs solutions peuvent être mobilisées pour protéger le locataire et éviter une rupture totale :
Demande de délais supplémentaires
- Possible auprès du juge ou du préfet, notamment si la situation du foyer reste fragile.
Dépôt d’un recours DALO (Droit au logement opposable)
- Pour les locataires menacés d’expulsion sans solution de relogement.
Accompagnement social renforcé
- Via le CCAS, les services sociaux du département, ou les associations spécialisées (ADIL, Fondation pour le logement…).
- Permet d’obtenir aide au budget, médiation, et recherche de logement ou d’hébergement
Conclusion : anticiper, se protéger et se faire accompagner
L’expulsion d’un logement social est un processus long, encadré par la loi et fortement encadré depuis l’adoption de la loi Kasbarian-Bergé. Elle n’est jamais automatique et chaque étape vise à laisser au locataire la possibilité de se défendre, de régulariser sa situation et de trouver des solutions adaptées.
Les points essentiels à retenir :
- Agir dès les premiers impayés : prévenir le bailleur, vérifier ses droits, solliciter le FSL ou un accompagnement social.
- Conserver ses droits : être informé, être entendu, demander des délais, bénéficier d’un plan de paiement ou d’une médiation.
- Participer activement aux procédures : présence à l’audience, échanges avec le bailleur et suivi des mesures d’accompagnement.
- Profiter des protections légales : trêve hivernale, suspension de la clause résolutoire, délais accordés par le juge, accompagnement obligatoire par les bailleurs sociaux.
- Chercher des solutions alternatives : relogement HLM d’urgence, recours DALO, aides et accompagnements sociaux pour éviter la rupture totale du parcours résidentiel.
En résumé, la clé pour protéger son logement et sa famille réside dans l’anticipation, la transparence et le recours aux dispositifs d’aide. Même face à une procédure judiciaire, il existe toujours des solutions pour régulariser sa situation et maintenir son logement dans la dignité.
FAQs – Expulsion en logement social
Il est important d’agir dès les premiers impayés. Vous pouvez :
– Contacter votre bailleur pour mettre en place un plan d’apurement ou un échéancier,
– Solliciter le Fonds de Solidarité Logement (FSL) ou la CCAPEX pour obtenir un accompagnement et des solutions amiables,
– Vérifier vos droits auprès de la CAF pour récupérer d’éventuelles aides,
– Vous faire accompagner par un travailleur social ou une association. La présence à toutes les étapes, notamment lors de l’audience, augmente fortement vos chances de trouver une solution.
En principe, non. La trêve hivernale (1er novembre – 31 mars) suspend toutes les expulsions, sauf cas très exceptionnels comme :
– immeubles dangereux ou insalubres,
– squats
Même pendant la trêve, vous pouvez demander des délais supplémentaires et être accompagné par les services sociaux
La procédure est longue et encadrée : elle peut durer plusieurs mois, voire plus d’un an, selon :
– les délais judiciaires,
– les étapes de mise en demeure et de commandement de payer,
– les éventuels recours ou plans de paiement accordés par le juge.
Non. Dans le logement social, seul le juge des contentieux de la protection peut prononcer la résiliation du bail et ordonner une expulsion.
Même après un commandement, des solutions existent :
– Contacter immédiatement le bailleur pour proposer un plan de paiement,
– Vérifier vos droits et régulariser vos aides au logement,
– Solliciter un accompagnement social (CCAS, FSL, associations, travailleur social),
– Préparer vos documents pour l’audience si la situation arrive devant le juge.
Vous pouvez être accompagné par :
– un travailleur social du CCAS ou du département,
– des associations spécialisées (ADIL, Fondation pour le logement…),
– un avocat ou une association agréée lors de l’audience.
Ces accompagnements sont essentiels pour expliquer votre situation, demander des délais et bénéficier des aides prévues par la loi.



